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Les dents serrées du travail

Dans le monde du travail, ceux qui ont les dents longues finissent parfois par les user. Dans le siège d’un grand groupe de cosmétiques, une épidémie de dents cassées a été constatée. Les fractures se répètent, sans chute ni accident. Elles traduisent une crispation collective, silencieuse, installée dans la durée.

Une tension devenue réflexe

Le bruxisme se manifeste par le serrement ou le grincement inconscient des dents. Il accompagne les périodes de concentration, de fatigue ou d’inquiétude. La mâchoire reste contractée, comme en appui de l’effort mental. Le geste est infime, mais répété tout au long de la journée.

Les dents s’usent, se fêlent, parfois se brisent.

L’émail s’amincit, la surface devient lisse, la sensibilité s’installe.

Les microfissures s’élargissent, jusqu’à la fracture nette. Sous la pression continue, les couronnes se descellent et les gencives se rétractent.

La bouche devient le lieu muet d’une contrainte prolongée. Les muscles du visage se tendent, les tempes se crispent, la douleur gagne le cou, parfois les épaules. La pression ne s’interrompt pas : elle se prolonge au-delà du bureau, pendant le sommeil, comme si le corps poursuivait seul la tâche commencée le jour.

Un corps qui retient

Le travail mobilise le corps autant que l’esprit.
Même immobile, il absorbe la tension.
Il retient, compense, puis cède.
La mâchoire devient un point de résistance, comme le dos ou les épaules.

Ce n’est pas un accident.
C’est la traduction physique d’un effort prolongé, d’une fatigue contenue.
Un signe avant la rupture, quand le corps poursuit seul ce que la pensée voudrait interrompre.