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Travailler sous tension : ce que révèlent les enquêtes récentes

La santé psychique au travail s’impose désormais comme un enjeu central en France et en Europe. Les enquêtes les plus récentes le confirment : les risques psychosociaux sont mieux identifiés, mieux nommés, mais leur fréquence augmente.

Ils traduisent la tension d’un monde professionnel soumis à la vitesse, à la pression du temps et à l’influence croissante du numérique.

Des risques psychosociaux mieux connus, mais extrêmement présents

Selon l’enquête européenne ESENER 2024, plus d’un établissement sur deux est confronté à des situations émotionnellement exigeantes, et 43 % à une pression temporelle constante.

La prévention progresse : davantage de plans anti-stress, de dispositifs contre le harcèlement, et une reconnaissance accrue des risques psychosociaux dans les politiques de santé au travail. Mais le manque de temps et de personnel reste le principal frein à une prévention réelle. Les risques sont connus, ils ne sont pas encore maîtrisés.

France : intensification du travail et fragilité psychique

En France, la DARES et Santé publique France constatent une intensification continue des rythmes et des exigences émotionnelles. Les troubles psychiques liés au travail : (anxiété, épuisement, dépression) ont doublé entre 2007 et 2019, touchant davantage les femmes, souvent plus exposées aux métiers du soin, de l’éducation ou du service.

La nouvelle enquête CT-RPS 2024 vise à actualiser ces données et à mieux cerner les risques psychosociaux liés au télétravail et à la numérisation.

Le numérique, accélérateur discret du stress

L’essor du travail digital transforme la nature des risques psychosociaux.

L’ESENER 2024 montre qu’un tiers des établissements fortement numérisés signale une intensification du rythme et une surcharge d’informations.

La promise d’autonomie se heurte ici à une hyperconnexion qui dissout la frontière entre activité et repos. Le « droit à la déconnexion » demeure souvent un principe plus qu’une pratique.

Des écarts qui persistent

Les résultats européens (EWCS 2024) confirment de fortes inégalités : les métiers peu qualifiés cumulent charge mentale, faible reconnaissance et marges de manœuvre réduites. Les cadres affrontent, eux, une autre forme de pression : celle du contrôle et de la disponibilité permanente. Deux visages d’un même épuisement, deux formes d’exposition aux risques psychosociaux.

Un diagnostic commun : la perte de mesure

Riches ou modestes, manuels ou cadres, tous travaillent sous tension, dans des formes différentes d’intensité mais avec une même fatigue : celle d’un monde qui recherche toujours plus de performance.

Les enquêtes convergent vers une conclusion nette : la santé au travail ne dépend plus seulement des conditions matérielles, mais de la capacité à rétablir des limites de temps, d’attention et de sens.

C’est dans cette reconquête de la mesure que réside désormais la véritable prévention des risques psychosociaux.

Références

  • Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail (EU-OSHA), ESENER 2024 – Third European Survey of Enterprises on New and Emerging Risks.
  • EUROFOUND, European Working Conditions Survey (EWCS) 2024 – First Results.
  • DARES, Conditions de travail et risques psychosociaux (CT-RPS), 2024.
  • Santé publique France, Souffrance psychique liée au travail, France 2007–2019, 2023.
  • INRS, Le burn-out et les risques psychosociaux : comprendre, prévenir, agir, 2022.